Energies

Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 10:57

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INTERVIEW DE DENYS BEAUMATIN –  la version courte a été publiée sur le magazine Le Bonbon du mois d’avril. (www.denysbeaumatin.com)



Eric Laurent, grand reporter émérite, directeur littéraire chez Plon, revient sur son livre intitulé La Face Cachée du Pétrole. Il nous explique pourquoi la fin du pétrole est inéluctable, en quoi sa disparition va engendrer de profonds séismes sur nos vies si nos pays consommateurs ne changent pas radicalement leur consommation d’énergie.


Pourquoi nos sociétés ne sont pas préparées à la fin du pétrole ?

Essentiellement parce que nos gouvernants ont fait preuve d’une impardonnable imprévoyance. Ils n’ont pas considéré que c‘était un problème urgent alors qu’en réalité si on regarde l’histoire du pétrole c’est une histoire composée d’une longue série de manipulations. On a menti, on a menti notamment sur le montant des réserves existantes à travers le monde. En 1986, un événement incroyable s’est déroulé, les pays arabes de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), ont décidé par un simple jeu d’écriture d’augmenter de 65 % le montant de leurs réserves pétrolières, c’est-à-dire 300 milliard de barils supplémentaires, alors qu’il n’y avait aucune nouvelle découverte de gisement pétrolier depuis les années 60. Ils ont créé une véritable fiction avalisée par la suite par tous les grands organismes professionnels. L’annuaire BP, qui est une sorte de bible qui fait autorité dans tout le monde pétrolier et qui recense tous les montants des réserves, a intégré ces nouveaux chiffres, ils sont donc devenus une nouvelle réalité. Et c’est une réalité que personne n’a jamais pu questionner par la suite. Le problème c’est qu’on a calé notre croissance et notre consommation mondiale sur des chiffres complètement erronés.


Les chiffres officiels des montants des réserves de pétrole sont faux ?!

Ce qui est fascinant dans le pétrole, c’est que notre vie quotidienne dépend de cette matière première et les deux sources d’information que nous avons en termes de réserve viennent uniquement des compagnies pétrolières et des pays producteurs. Deux sources qui sont d’une fiabilité discutable. Les deux seules sources d’information sur le montant des réserves proviennent des pays producteurs et des compagnies pétrolières qui ont tout intérêt bien sûr à valoriser et à augmenter effectivement le montant de leurs réserves. Mais le vrai problème c’est que, comme disait quelqu’un que j’avais rencontré à côté de la Mer Caspienne : "C’est vrai qu’on a fait des progrès technologiques en matière de forage, mais c’est un peu comme la chasse, on peut avoir des fusils extrêmement perfectionnés mais s’il n’y a plus de gibiers, à quoi bon ? " Et le problème est là aujourd’hui, en fait, nous sommes dans un monde pétrolier plutôt fini et les géologues le disent parce qu’on a foré à peu près partout. On ne va pas se retrouver dans un monde sans pétrole, mais on va simplement se retrouver dans un monde où les grands champs pétrolifères, c’est-à-dire ceux qui assurent notre croissance, c’est-à-dire, plus d’1 milliard de barils seront extrêmement difficiles sinon impossible à trouver. Mais on va trouver des petits gisements, mais des petits gisements qui seront très difficiles d’accès, dont on ne pourra extraire que des quantités réduites. C’est ça le problème, on va vivre, probablement, dans une période d’à coup, de tensions sur les prix, augmentés par la spéculation, et puis de temps en temps une raréfaction en terme d’approvisionnement. Ca va être une période chaotique, et qui va aboutir, et qui a même déjà conduit au début d’une guerre des ressources, à une logique de guerre des ressources. L’occupation de l’Irak par les Etats-Unis n’en est-elle pas le prélude ?


Comment trouver des sources fiables ?

J’ai commencé par recoupement. Prenons le cas de l’Arabie Saoudite,l e plus gros exportateur mondial de pétrole, qui a depuis les années 30 vu ses gisements exploités par les américains au sein d’un consortium qui s’appelle l’Aramco, réunissant 4 compagnies pétrolières américaines. L’Aramco a été nationalisé en 1973, les saoudiens ont pris le contrôle progressif de l’Aramco. Vous discutez avec des géologues, des responsables des compagnies pétrolières américaines, ils vous disent qu’il y a environ 150 à 160 milliards de barils dans le sous sol saoudien, vous discutez avec les saoudiens, ils vous disent avec une langue de bois incroyable qu’ils ont au moins dans leur sous sol 260 à 270 milliards de barils. Dans les deux cas, tout le monde est d’accord sur un chiffre : 100 milliards de barils ont été extraits du sous sol saoudien. Ca veut dire que si on conserve l’hypothèse des géologues américains, qui pendant des décennies ont su de quoi ils parlaient, il reste environ 50 à 60 milliards de barils dans le sous sol saoudien. L’Arabie Saoudite n’est pas le seul pays à fournir du pétrole à l’ensemble du monde, mais si c’était le cas c’est un peu plus d’une année et demi de consommation mondiale (la consommation mondiale étant de 30 milliards de barils par an). C’est très peu 50 milliards de barils pour l’Arabie Saoudite.


Depuis la sortie de votre livre la situation énergétique s’est-elle détériorée ?

Je suis en train de terminer l’adaptation pour ARTE qui réactualise mon livre La Face Cachée du Pétrole, un documentaire de deux fois une heure, prévu pour le mois de juin. Ensuite, en interviewant différentes personnalités du monde du pétrole, Cheikh Yamani, l’ancien ministre du pétrole saoudien, et notamment le chef économiste de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) tient aujourd’hui des propos alarmistes. L’Agence Internationale de l’Energie est cette agence qui regroupe les principaux pays consommateurs créée en 1975 et qui est plutôt sous influence américaine. Cette agence a toujours tenu depuis sa création des propos extrêmement rassurants en expliquant que le pétrole bon marché était quasiment éternel, qu’on avait aucun souci à se faire en terme d’approvisionnement et de réserve ; et aujourd‘hui, cet homme qui s’appelle Fatih Birol, le chef économiste de l’AIE , me dit : "nous sommes extrêmement préoccupés, d’ailleurs notre dernier rapport-paru en novembre 2009- le montre : pour les années à venir pour répondre aux besoins en terme de consommation mondiale il faudrait trouver l’équivalent de 4 nouvelles Arabie Saoudite, et il est évident qu’on ne les trouvera pas » Et je lui rétorque : "Attendez, comment se fait-il que vous teniez ces propos alors que ça fait des années que vous le savez ". Il me répond "Je vais être très franc avec vous. J’ai cru pendant des années que les pouvoirs politiques vis-à-vis de ses chiffres allaient réagir et se comporter de manière responsable, prendre la mesure du problème. J’ai fait pression sur eux, et c’est devant, en effet, ma déception devant leur passivité, leur indifférence que j’ai décidé aujourd’hui de parler "


Il existe des solutions, nous avons d’autres énergies.

Oui, il existe d’autres énergies, mais pas de substitut au pétrole, on arrivera en effet à réduire à terme probablement notre consommation en pétrole mais c’est vrai que c’est une source, une matière première qui reste extraordinairement importante par les nombreux dérivés qu’elle offre, c’est ça le problème ; 100 000 dérivés à peu près dans tous les domaines : le pétrole est présent dans les vêtements, les instruments chirurgicaux, même la nouvelle économie, fabriqué une puce, exige de l’énergie fossile. Elle imprègne tous les champs de notre vie, nous sommes incapables de penser notre vie sans le pétrole. Et les hommes politiques raisonnent à courte vue en se disant : "de toute façon c’est un problème trop grave je ne veux pas être impopulaire je préfère repasser le mistigri à mes successeurs".


C’est ce que vous écriviez dans votre livre, publié en 2006.

Non seulement ce n’est pas démenti mais aujourd’hui tout le monde reconnaît même parmi les pays pétroliers de l’ARAMCO que ces chiffres ont été en 1986 falsifiés, trafiqués pour des raisons politiques et économiques. C’est pourquoi aujourd’hui, nous sommes dans une guerre des ressources, des pays comme la Chine, s’est lancée très très vite dans une recherche effrénée de gisements de pétrole.


C’est ça qui est incroyable. Avec l’émergence de la Chine, de l’Inde,…, on constate d’un côté une explosion mondiale de la consommation mondiale d’énergie, et de l’autre il n’y a jamais eu aussi peu d’énergie. Le pétrole est en train de se tarir alors que les besoins de pétrole n’ont jamais été aussi importants.

On assiste à une double croissance : un déclin des réserves de pétrole qui coïncide avec l’explosion de la consommation mondiale. C’est évidemment une période historique, mais qui va être très lourde de conséquences.


A quoi ressemble une société sans pétrole ?

Notre société repose essentiellement sur le pétrole et sur un pétrole bon marché. C’est ça qui est fascinant et inquiétant. C’est comme si on avait subventionné notre croissance avec un pétrole à très bas prix. J’ai peine à imaginer parce que tout, tout aujourd’hui malgré tous les efforts que l’on fait pour le réduire repose encore sur le pétrole, et si jamais on découvrait demain en réalité que le pétrole devient plus rare, plus compliqué à extraire et à obtenir je crois que ce serait la panique. En réalité, on a gagé notre avenir sur des réserves qui n’existent pas, c’est-à-dire qu’au fond notre richesse et c’est ce qui fait la stabilité plus ou moins grande des marchés financiers, et qui assure notre croissance, notre optimisme, repose sur l’idée qu’il y a du pétrole quasiment ad vitam aeternam. C’est faux. Si les gens découvraient brusquement demain qu’il n’y a plus de pétrole, que les gens en prenaient conscience ça serait un vent de panique, évidemment dans tous les domaines : dans le domaine financier, bancaire…


On a l’impression qu’on va se retrouver devant le fait accompli.

Je pense que plus on tardera, plus on se retrouvera effectivement dans une situation ingérable, en tout cas inextricable.


Il nous reste encore combien de temps. J’ai rencontré une personne qui travaille dans la marine marchande pour Total sur différents tankers, il me disait : ” Dans 20 ans il n’y aura plus de pétrole “.

Le pétrole en Mer du Nord c’était 500 000 barils y a 10 ans, aujourd’hui c’est 50 000 barils par jour, alors y en a peut-être pour 20 ans mais 20 ans de combien de barils c’est ça la question. Si c’est 20 ans de 5000 barils par jour on ne va pas loin.


On va donc se retrouver dans un monde à deux vitesses. Ceux qui auront encore un peu d’énergie, et les autres non.

Certains pays auront davantage sécurisé leurs approvisionnement, auront conservé la capacité de conserver un appareil productif plus efficace, et en même temps j’en doute, car à long terme ces pays ne pourront pas rester à l’écart des tensions, et des crises suscitées par ce manque d’énergie, de pétrole.


Les taxes pétrolières rapportent-elles beaucoup à l’Etat ?

Enormément, c’est gigantesque.


Vous êtes pessimiste.

Non je ne suis pas pessimiste, je suis réaliste. Je ne vois pas de catastrophe mais simplement aujourd’hui il y a une inertie des dirigeants face à ce problème qui fait qu’on risque en effet de glisser vers la catastrophe. Mais qu’on y aille sûr j’en sais rien, il y aura peut-être un sursaut ultime, mais pour l’instant je ne le vois pas, je ne le vois pas du tout même. Non seulement ça, mais contrairement à ce que l’on prétend la croissance de la consommation d’énergie s’accroit partout à travers le monde.


En chiffres.

La consommation mondiale est de 85 millions de barils par jour. Et le maximum qu’on peut atteindre sans aller au delà c’est 90 millions de barils/jour, c’est rien. Vous vous rendez-compte ça fait juste 4 à 5 millions de barils supplémentaires, c’est dérisoire. Donc il suffit d’une accélération de la consommation, de la croissance économique dans certains pays pour qu’en effet ses chiffres soient dépassés.


Il n’y a plus de gisements ?

On va trouver encore des gisements, en Afrique ou sur d’autres continents, mais on ne trouvera plus de grands gisements pétrolifères, les derniers ont été découverts dans les années 60. Aujourd’hui les grands gisements sont en déclin. D’ailleurs, ce rapport de l’Agence International de l’Energie (AIE), les experts se sont intéressés à 800 champs pétrolifères, les plus grands, et ils ont constaté que le déclin était inexorable sur les trois quart d’entre eux, déjà engagé, entamé. Un champ pétrolifère comme Ghawar, le plus grand champ pétrolier au monde, long de 250 kms en Arabie Saoudite, arrive à essoufflement, à son terme.


Qui peut-être aujourd’hui le moteur de cette prise de conscience d’un monde bientôt sans pétrole, le politique ?

C’est une question justement peut-être un peu trop sérieuse pour être confiée aux politiques. Mais que faire d’autres ? Croire en l’homme. Il faudrait donc revoir à la baisse notre surconsommation rapidement et tenter de convaincre les gens qu’il faut faire un effort de préservation de l’énergie parce que sinon nous courons à la catastrophe.


 

Par Eric Laurent - Publié dans : Energies
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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /Mars /2007 20:26

Postface

La Face cachée du Pétrole

  J’ai été surpris de l’accueil extrêmement favorable réservé à ce livre, dès sa parution en mars 2006. Ecrire sur le pétrole, qui plus est d’une manière qui remet en cause les vérités admises, n’est pas un exercice facile. Les grandes compagnies, les pays producteurs et de nombreux journalistes spécialisés, qui reproduisent servilement les discours et les chiffres officiels sur un pétrole abondant et bon marché, n’aiment guère qu’on vienne leur porter la contradiction. Depuis des décennies l’univers pétrolier est celui du règne de la désinformation. Mais j’ai pu observer au cours des 12 derniers mois un phénomène passionnant qui bat en brèche toute cette stratégie : la prise de conscience de l’opinion et sa mobilisation. 

   Un changement radical est en train de s’opérer. Les individus deviennent à la fois plus lucides face à la gravité des défis et plus sceptiques face aux propos lénifiants que leur tiennent les responsables politiques. Désormais nous savons que nous allons devoir vivre dans un contexte mondial dangereux et incertain, avec un pétrole de plus en plus cher qui ira en se raréfiant. 

  Pourtant, face à ces échéances critiques les acteurs pétroliers, grandes compagnies et pays producteurs, continuent impassibles de pratiquer la même stratégie du secret. Bien sûr, ils inondent les médias de chiffres censés refléter le niveau de production et l’état des réserves prouvées. Mais aucune de ces données n’est vérifiable. Selon un banquier britannique « Pas un investisseur à travers le monde n’accepterait d’investir de l’argent à partir d’informations aussi vagues ». Le seul moyen de déterminer avec précision l’état des réserves mondiales et  l’ampleur de leur déclin, serait de connaître la production, gisement par gisement. Deux cent cinquante champs pétrolifères produisent entre 80 et 85 % des 85 millions de barils consommés quotidiennement à travers la planète. Pour l’immense majorité d’entre eux il est impossible d’avoir accès à ces informations. 

  Nous savons seulement que la taille des gisements découverts décline depuis plusieurs décennies. Les dernières zones pétrolières de grande ampleur, une partie de l’Alaska, la Sibérie occidentale et la Mer du Nord, ont été localisées entre 1967 et 1969. La découverte du dernier gisement « super géant », Cantrell au Mexique, remonte à 1976. Et pourtant les progrès technologiques permettent désormais de forer à plus de 12 kilomètres de profondeur, à un coût pratiquement identique à celui des forages effectués en 1859 par le colonel Drake à 20 mètres. 

   La flambée des prix du brut a renforcé la position financière et l’influence politique des quatre premiers pays producteurs, l’Arabie Saoudite, la Russie, l’Iran et le Venezuela. Les revenus annuels du Venezuela sont passés de 21 milliards de dollars en 2002 à 50 milliards de dollars en 2006 ; durant la même période les revenus annuels de l’Iran sont passés de 19 milliards à 60 milliards de dollars.

   Les gouvernements de ces pays, avec des stratégies diverses, utilisent l’arme du pétrole au service d’une politique ouvertement anti-américaine et souvent anti-occidentale. Les pétro dollars saoudiens financent l’extrémisme islamique et souvent le terrorisme ; l’Iran veut asseoir son hégémonie régionale et menace d’interrompre ses approvisionnements pétroliers au cas où une intervention militaire serait envisagée contre son territoire ; le Venezuela utilise sa manne pétrolière sur le continent sud américain pour étendre son influence et réduire celle des Etats-Unis. Moscou développe une véritable diplomatie gazière et pétrolière. Elle lui permet de remettre au pas d’anciens satellites indociles, comme l’Ukraine, de retrouver une influence en Asie, courtisé par Pékin et Tokyo. Enfin, le projet de gazoduc en Europe offrirait à la Russie un moyen de pression sur les pays de cette zone et l’occasion d’une revanche sur l’embargo décrété par l’administration Reagan au début des années 80. Ces quatre pays producteurs de pétrole ont également un autre point en commun : leur volonté de rester en marge de la mondialisation en cours. Un expert a écrit : « Le capitalisme à l’échelle planétaire crée une demande, qui contribue à créer des espaces non capitalistes. » Ces pays rentiers sont des îlots d’exception au sein de l’économie mondiale. Des acteurs incontournables mais hostiles qui pèseront lourds dans la guerre des ressources qui se dessine actuellement à travers le monde.

Eric Laurent

9 janvier 2007

Sortie du livre "La Face cachée du Pétrole" en édition Univers Poche début mars.

Par Eric Laurent - Publié dans : Energies
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Mercredi 19 avril 2006 3 19 /04 /Avr /2006 19:59

Réserves pétrolières, le grand secret.

Selon la société de consultants énergétiques Wood Mackenzie, réputée pour les renseignements confidentiels qu'elle détient, en 2003, les dix premiers groupes pétroliers ont engagé 8 milliards de dollars de recherche pour des découvertes, dont le montant commercial s'est révélé inférieur à 4 milliards de dollars ! Ce résultat survient après une période 2001-2003 marquée par un déclin saisissant des réserves prouvées. Désormais, les gisements potentiels peuvent être localisés avec une grande précision, mais, comme me l'a confié le responsable d'une grande compagnie rencontré en mer Caspienne, à Bakou : "La prospection ressemble à la chasse. Nous disposons de fusils plus perfectionnés, mais à quoi bon, s'il n'y a plus de gibier."

Le coût des recherches devient beaucoup trop élevé, face à l'insuffisance de résultat obtenue. En 2004, Herold, un autre groupe de recherche spécialisé dans l'énergie à Wall Street, a comparé les réserves déclarées par les grandes compagnies, leurs découvertes annoncées et leur niveau de production.

Conclusion : Toute leur production baissera d'ici 4 ans.

La flambée actuelle des cours et les profits affichés par ces firmes masquent la réalité : l'industrie pétrolière devient un univers aussi sinistré que l'industrie automobile ou celle de l'acier, qui ont perdu, de 1986 à 1992, un million d'emplois. Désormais, pour six barils consommés chaque jour, un seul baril est découvert , et nous sommes confrontés à une situation historique sans précédent : le déclin des réserves et de la production coïncide avec une explosion de la consommation. Dans les prochaines années, la Chine, déjà deuxième consommateur mondial importera 60% de son pétrole.

Au cours de ma dernière enquête, j'ai fait une découverte effarante : les chiffres concernant l'ampleur réelle des ressources pétrolières mondiales sont faux, qu'ils émanent de pays producteurs ou de compagnies pétrolières. En 1986, par un simple jeu d'écriture, un artifice comptable, les réserves totales des pays de l'Opep ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65%, passant de 467 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards en 1991. Sans qu'aucune découverte d'importance ne justifie cette hausse. Shell a été condamné par la SEC (le gendarme américain de la Bourse) pour avoir surévalué artificiellement de 23% le montant de ses réserves. L'univers énergétique ressemble désormais à la définition que donnait Churchill de la vérité. " Trop importante et trop grave pour ne pas être protégée par des mensonges."

La production pétrolière des Etats-Unis décline rapidement depuis les années 70, comme aujourd'hui celles de la mer du Nord, du Gabon, de l'Indonésie et même de la Russie. Selon un décret promulgué par Vladimir Poutine, les réserves pétrolières relèvent désormais du secret d'Etat, et la majorité des experts estime qu'il faut diviser par deux les chiffres publiés par Moscou. Malgré les affirmations optimistes des officiers saoudiens, le royaume, considéré comme le premier producteur mondial avec, théoriquement, 23 à 25% des ressources mondiales de la planète, connaît désormais des difficultés croissantes. Pas une seule découverte depuis 1967 et sept gisements géants qui assurent à eux seuls 90% de la production du pays. Ghawar, le plus important, exploité depuis 1948, manifeste des signes sensibles de tarissement. Il faut désormais injecté sept millions de barils/jour d'eau de mer pour maintenir la pression et assurer la sortie du pétrole.

Face à ces réalités et à l'urgence des choix, les gouvernements des pays consommateurs sont terriblement mal informés et mal préparés. Sauf peut-être les Etats-Unis, où l'administration Bush a fait un choix discutable mais cohérent avec la doctrine selon laquelle "le mode de vie américain n'est pas négociable". En 1999, le vice-président Dick Cheney, à la tête du géant pétrolier Halliburton, s'inquiétait : "En 2010, nous aurons besoin de 50 millions de barils supplémentaires chaque jour. D'où proviendra ce pétrole ?" En janvier 2001, une semaine seulement après l'investiture du nouveau président, Cheney crée et préside une commission sur l'énergie dont les objectifs, les participants et les séances de travail sont entourés d'un mystère absolu. Au point qu'une journaliste réputée du Washington Post, Dana Milbank, la qualifie de "société secrète". 

 Le 17 juillet 2003, au terme d'un long affrontement juridique, la cour d'appel fédérale a ordonné de rendre public un certain nombre de documents de travail utilisés par la commission Cheney. Le plus saisissant est une carte de l'Irak, datée de mars 2001 où la commission Cheney a nettement découpé, en huit blocs d'exploitation, une vaste zone qui représente à peu près un tiers du pays, situé à proximité de la frontière avec l'Arabie saoudite. L'Irak est considéré comme le deuxième pays détenteur de ressources pétrolières de la planète. Bagdad constitue peut-être, pour des responsables américains, une alternative au déclin énergétique de Riyad.

Nous sommes probablement entrés dans une logique de "guerre des resssources".  Henri Kissinger écrivait en juin 2005 : " La demande et la compétition pour l'accès à l'énergie pourrait devenir source de vie et de mort pour beaucoup de sociétés."

Article publié dans Le Journal du Dimanche du 2 avril 2006.

Par Eric Laurent - Publié dans : Energies
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A Paraître

scandale delocalisations

Ce livre révèle que le monde des affaires mène une véritable guerre contre l’emploi. Des milliers de postes, même hautement qualifiés, sont constamment détruits en France, en Europe, comme aux Etats-Unis, pour être transférés en Chine et en Inde. Une quête du profit à court terme où les salaires sont sacrifiés à l’avidité des actionnaires.

Le scandale des délocalisations entraîne le lecteur dans les coulisses d’une réalité, dont l’ampleur et la gravité sont soigneusement occultées par les dirigeants d’entreprises et les responsables politiques. Il découvrira comment un fonds créé par Nicolas Sarkozy pour lutter contre la crise finance les délocalisations. Il apprendra comment l’Union européenne, déjà impuissante à créer des emplois, s’empresse de détruire ceux qui existent.

En délocalisant massivement, les industriels occidentaux sont tombés dans un véritable piège, soigneusement tendu par l’Inde et la Chine, et les bénéfices de la mondialisation leur échappent désormais.

Au terme de cette enquête emplie de révélations, Le scandale des délocalisations pose une question cruciale : un pays peut-il perdre ses emplois et continuer de prospérer ?

 

A Paraître chez PLON le 24 Février 2011

N°ISBN 9782259212564

Prix : 21€

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