Edito
Bonne navigation...
Eric Laurent
Grand reporter, écrivain, spécialiste en politique étrangère.
- 2004 - Publication de "La face cachée du 11 septembre", plus de 100 000 exemplaires vendus, 12 traductions étrangères, ce livre fait actuellement l’objet d’une adaptation télévisuelle.
Backchich.info
Mercredi 19 décembre 2007
"J’étais allé à Tel-Aviv pour réaliser un portrait de Meir Amit, un des directeurs "historiques" du Mossad. L’adresse fixée pour
le rendez-vous se situait en banlieue et correspondait à une maison d’un étage, plutôt à l’abandon, mais ceinturée d’un petit jardin qui paraissait, lui, soigneusement entretenu. Une femme âgée,
au visage autoritaire, fumant une cigarette avait ouvert et, sans même articuler un mot, m’avait désigné de la main une pièce dans l’entrée, totalement vide à l’exception de cinq chaises. Quand
elle revint me chercher, je découvris que l’ensemble de la maison était inoccupée et dépourvue d’ameublement, à l’exception du petit bureau de Meir Amit qui jouxtait le sien.
Pendant toute la durée de l’entretien, je l’entendis qui frappait avec vigueur le clavier d’une vieille machine à écrire. Au terme de notre conversation, Amit, regard malicieux, me demanda :
"Vous voyagez dans les pays arabes ?" Je lui répondis, "fréquemment", d’ailleurs récemment j’étais en Libye pour réaliser une interview de
Khadafi. À cet instant, la conversation fut interrompue par un appel téléphonique auquel il répondit brièvement avant de raccrocher, puis il me
dit : "Un ami avec qui j’avais rendez-vous va nous rejoindre, il a longtemps travaillé avec moi. Attendez avant de poursuivre votre récit, ça devrait
l’intéresser."
Je vis entrer dans la pièce un homme massif et trapu au visage barré d’une épaisse moustache grise. Il ressemblait, en plus jeune, à l’ancien premier ministre Itzhak Shamir. Amit dut lui résumer en hébreu notre conversation car l’homme me demanda d’un ton amusé : "Alors, vous avez vu Kadhafi ?"
"Oui, à plusieurs reprises mais cette fois dans le désert, sous sa tente. Un endroit d’ailleurs difficile à localiser, car tous les panneaux d’indication, sur les routes d’accès, sont camouflés." En écoutant mes propos, Amit et son ami échangèrent un large sourire ironique, puis l’ancien directeur du Mossad se pencha vers moi."
« Qu’il soit à Tripoli ou sous sa tente, nous sommes toujours en mesure de le localiser. Vous savez… Il marqua un bref silence comme
s’il savourait la confidence qu’il allait me faire… à deux reprises, son armée complotait contre lui et se préparait à le renverser. Et il n’était absolument pas au courant. C’est nous qui
l’avons alerté et sauvé. Croyez-moi, je sais qu’il ne l’a pas oublié.
Retrouvez les articles : http://www.bakchich.info/article2156.html
L’état pétrolier du monde donne le vertige : notre planète consomme actuellement un milliard de barils tous les douze jours et donc plus de 30 milliards de barils par an. Soit l’équivalent d’un gisement géant. S’il existe une véritable folie des hommes, elle tient à leur aveuglement. Une conversion en litres frappe d’avantage encore l’imagination. Un baril de pétrole équivaut à 159 litres et nous consommons chaque jour 85 millions de barils, soit 13 milliards de litres.
Dans une étude prémonitoire, il y a plus de vingt ans, Denis Hayes, directeur du Solar Energy Research Institute du Colorado, écrivait : " L’explication probable de l’incapacité des nations industrielles à prévoir la crise pétrolière qui va se déclencher est sans doute la durée extraordinairement courte de la
civilisation du pétrole. Les enfants du pétrole ont tendance à oublier combien cette période a été brève."
Il y a moins de cinquante ans, les trois
quarts de l’énergie du monde provenaient encore du charbon et 16 % seulement du pétrole. En 1950, le charbon en fournissait encore 60 %. C’est dans les deux décennies qui ont suivi que
le pétrole a pris son élan pour dépasser le charbon dans les années 1960 (en 1967 exactement).
J’ai fait un constat effarant au cours de mon enquête pour mon livre La face cachée du pétrole* : les chiffres concernant l’ampleur réelle des réserves pétrolières mondiales sont faux, quand ils émanent des pays producteurs ou des compagnies pétrolières. Une véritable conspiration du silence et du mensonge. Les producteurs exagèrent le niveau de leurs réserves, accroissant ainsi leur influence et leur poids financiers. Les compagnies pétrolières, en faisant de même, envoient un message rassurant à leurs investisseurs quant à leur profitabilité. Les gouvernements des Etats consommateurs, en fermant les yeux, évitent l’impopularité. De plus, le prix du pétrole payé par les consommateurs constitue un véritable transfert de richesses pour les Etats, à travers les taxes. En France, leur montant sur le pétrole, si on ajoute la TVA, dépasse 75 % du prix à la pompe.
En examinant attentivement les chiffres publiés officiellement sur les réserves prouvées, j’ai fait une première découverte : les réserves totales des pays de l’OPEP ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65 %, passant de 467,3 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards en 1991. Sans qu’aucune découverte d’importance ne justifie cette hausse de plus de 300 milliards de barils.
Cette augmentation coïncide avec un nouveau système de quotas mis en application en 1986 par l’OPEP. Grâce à lui, les réserves prouvées de l’Arabie Saoudite passent de 169 à 260 milliards de barils, tandis que celles du Koweït augmentent de près de 50 %. Pour l’émirat d’Abu Dhabi, les 30 milliards de barils déclarés en 1985 se transforment en 92 milliards en 1988. Quant à l’Irak, les 49 milliards de barils de 1985 deviennent 100 milliards en 1988. Par un simple jeu d’écriture, un artifice comptable sans rapport avec la réalité, les pays de l’OPEP trouvent ainsi le moyen d’augmenter leurs revenus en exportant plus.
Téhéran a publié en 2003 une réévaluation de 35,7 % de ses réserves, les portant de 96,4 milliards de barils à la fin 1999 à 130 milliards à la fin de 2002. Pour les autorités iraniennes, cette réévaluation phénoménale serait justifiée par l’amélioration du taux de récupération de pétrole. Un argument qui suscite une profonde incrédulité chez tous les experts. Ces exagérations sont d’autant plus faciles que les réserves prouvées sont inventoriées par les Etats producteurs et les compagnies pétrolières, sans aucun contrôle extérieur. De plus, ces chiffres sont publiés chaque année par les deux annuaires de référence du monde pétrolier, BP Statistical Review et Oil and Gas Journal, qui ne s’interrogent jamais sur la fiabilité et la réalité de ces informations.
Selon le géologue Colin Campbell qui a travaillé pour Texaco, BP et Aramco, 46 % des ressources actuelles déclarées par les principaux pays de l’OPEP sont
"douteuses" sinon "fausses". Et face à cette réalité, les gouvernements sont, selon lui, pathétiquement mal informés et mal préparés. La falsification
des données officielles sur les réserves de pétrole encore disponibles est générale et systématique. Campbell affirme : Si les chiffres réels étaient connus, ce serait la
panique sur les marchés financiers." Les tensions actuelles sur les prix — le baril a dépassé les 100 dollars la semaine dernière — découlent du tarissement des réserves disponibles qui
coïncide avec un accroissement sans précédent de la consommation, notamment en provenance de la Chine et de l’Inde. Chaque jour, pour un baril de découvert, six barils sont
consommés.
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Mardi 16 janvier 2008
Les Américains prétendent avoir capturé le chef d’al-Qods, un commandant portant le nom de Chizani, dans un appartement appartenant à l’ayatollah Hakim ; l’un des principaux chefs chiites sur lequel compte George W. Bush pour créer une nouvelle coalition excluant le chef radical Moqtada al-Sadr. Cette alliance militaro-terroriste aurait été scellée à Téhéran et les groupes d’al-Qods, appliquant une stratégie de la tension, auraient coopéré avec les groupes sunnites qui attaquèrent et détruisirent la mosquée d’Or de Samarra, un des hauts lieux du chiisme.
Washington va alors faire le choix du pire ou le pire des choix et opérer, en mars 2007, un changement radical de stratégie. Le prince Bandar, l’ancien ambassadeur d’Arabie Saoudite à Washington et intime du président américain, est l’artisan de ce virage à 180 degrés. Désormais, l’administration américaine se rallie à la ligne dure prônée par certains dirigeants saoudiens qui estiment que l’Iran représente en Irak un plus grand danger que les sunnites radicaux proches d’al-Qaida.
Bandar bin Sultan se veut un stratège. En approuvant dans les années 1980 le financement des moudjahidin afghans et l’envoi de volontaires arabes pour lutter contre les Soviétiques, il avait fait naître Ben Laden et al-Qaida. Désormais, toujours unis, Washington et Riyad financent et arment huit mouvements extrémistes proches de l’organisation terroriste pour combattre l’influence iranienne. Pour l’administration Bush, ce soutien à des mouvements sunnites radicaux qui combattent les troupes américaines représente la négation de la lutte contre le terrorisme qu’elle prétend mener depuis 2001. Cette stratégie d’« endiguement » de l’Iran compromet également encore plus ses perspectives de victoire en Irak. Le Premier ministre irakien, Al-Maliki, s’est d’ailleurs inquiété de ce nouveau cours auprès des responsables américains en visite à Bagdad. « Sans obtenir de réponse claire », selon un de ses proches collaborateurs.
La nouvelle stratégie américaine, qui n’a jamais été reconnue officiellement par l’Administration, a vu son périmètre s’élargir à l’occasion de la visite au Pakistan, en février 2007, du vice-président Cheney. Une partie de ses entretiens avec le président Moucharaff, au palais présidentiel, a porté sur le financement et le soutien logistique au groupe Jundullah. Encadré par l’ISI, le service secret pakistanais, financé par les Saoudiens et supervisé par des hommes des Forces spéciales du Pentagone, ce gang tribal du Balûchistân, la province frontalière de l’Iran, a pour mission de kidnapper et d’assassiner des militaires iraniens.
Ces « combattants de la liberté » ont été choisis par les Américains et les Pakistanais en raison de leurs états de service : activistes sunnites,
ils combattaient en Afghanistan aux côtés des talibans, tout en se livrant parallèlement au trafic de drogue… Enfin, depuis la victoire du Hezbollah, que les néoconservateurs considéraient,
avant septembre 2001, comme une organisation terroriste encore plus dangereuse qu’al-Qaida, le Liban est l’enjeu d’une guerre secrète. Pour contrer l’Iran et son allié libanais, l’Arabie
Saoudite décide de soutenir le gouvernement à dominante sunnite de Fouad Siniora, l’argent transitant par les Américains. Entre juin 2006 et janvier 2007, les responsables gouvernementaux
libanais reçoivent plus d’un milliard de dollars auxquels s’ajoutent 200 millions de dollars d’aide militaire, dont 40 millions consacrés à la sécurité intérieure. Il s’agit d’un jeu dangereux
car les Saoudiens, les Etats-Unis et le gouvernement libanais financent également des groupes salafistes antichiites dont le principal dénominateur commun est la haine de l’Amérique.
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Lundi 21 janvier 2008
Pour que ce réalisme commercial interfère peu avec les principes politiques, le pétrole irakien est d’abord acheminé en Roumanie, seul pays d’Europe de l’Est à conserver des relations diplomatiques avec Israël, puis revendu aux États-Unis par le biais d’une société commerciale soviétique. En fait, les réalités de l’interdépendance rendent parfois obsolètes les positions idéologiques.
Les pipelines, ces veines jugulaires indispensables à la survie économique des États, en sont une excellente illustration. Dans les années 70-80, le dictateur communiste roumain Nicolas Ceausescu avait imprimé un cours original à la diplomatie roumaine : il entretenait des relations étroites avec Israël ainsi qu’avec l’Iran du Shah, deux pays vilipendés par Moscou et ses alliés. Une attitude qui allait lui permettre de retirer de substantiels bénéfices.
La Roumanie importa de grandes quantités de pétrole iranien en partie à travers un pipeline construit par Israël. Des livraisons qui se poursuivirent alors que la
guerre Iran-Irak battait son plein. L’actuel président iranien qui propose de rayer Israël de la carte cache soigneusement cette réalité à son opinion : Téhéran était copropriétaire avec
Israël d’un pipeline qui acheminait la principale source de revenus du pays.
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A la suite des attentats du 11 septembre 2001, Georges W. Bush déclarait d’un ton catégorique : « Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. » Il aurait mieux fait de dire : « ceux qui sont avec nous sont contre nous. » Dans sa « guerre contre le terrorisme », l’administration américaine s’appuyait en effet sur deux faux alliés : l’Arabie Saoudite, qui n’a jamais cessé de financer les extrémistes islamistes, et le Pakistan. Le président Musharaff, aujourd’hui au pied du mur, pratique depuis 2001 un double jeu retors.
Officiellement allié des Etats-Unis, le régime pakistanais a continué de soutenir en sous-main les talibans et de favoriser la sanctuarisation des dirigeants d’Al Qaida dans les zones tribales qui, théoriquement, échappent à son contrôle. Dans ce contexte, Washington a commis deux erreurs majeures, aux conséquences énormes : 1) Se détourner du dossier afghan, après le renversement du régime taliban, pour préparer l’intervention militaire contre l’Irak. La traque des dirigeants d’Al Qaida, leur neutralisation ainsi que celle des unités talibanes auraient certainement permis de réduire le niveau de la menace terroriste. 2) Cette erreur d’évaluation s’est doublée d’une confiance aveugle en la capacité affichée de Musharaff d’endiguer la menace islamiste. Entre 2001 et 2007, les Etats-Unis ont versé, dans le cadre de la lutte contre la terreur, plus de 10 milliards de dollars au Pakistan. Une large partie a été détournée par les militaires. Un expert militaire américain, récemment en tournée d’inspection dans ces zones tribales, a constaté, indigné, que les soldats pakistanais chargés de surveiller cette zone accidentée et enneigée, étaient équipés d’armes usagées et portaient aux pieds de pauvres sandales d’été.
Musharaff est un illusionniste. Avec Georges W. Bush et les autres dirigeants américains, il invoque Abraham Lincoln. Mais, en réalité, il a laissé croître et proliférer les mouvements taliban et les réseaux d’Al Qaida, persuadé ainsi qu’il achèterait leur neutralité. En 2006, il a signé un cessez le feu qui autorisait les responsables terroristes et leurs militants à se regrouper dans ces zones tribales renforçant ainsi leur sanctuarisation. Une situation potentiellement explosive. En juillet 2007, un rapport du National Intelligence Estimate, opérant la synthèse des informations recueillies par les 16 agences de renseignement américaines, évoquait le retour en force alarmant d’Al Qaida au Pakistan. L’organisation avait installé des camps d’entraînement sur le territoire pakistanais et préparait de nombreuses attaques terroristes. Celles-ci ont été déclenchées en 2007 quand Musharaff a mis fin au cessez-le-feu. Désormais, le Pakistan n’est plus un allié des Etats-Unis mais la plus importante base arrière d’Al Qaida.
Après l’assassinat de Benazir Bhutto, le 27 décembre 2007, une réunion de crise s’est tenue à la Maison-Blanche et a réuni le vice-président Dick Cheney, Condoleeza Rice, les chefs du renseignement ainsi que Stephen Hadley, le responsable du Conseil national de sécurité. Au menu : l’aggravation de la menace terroriste au Pakistan et les risques de déstabilisation du pays. Au cours de cette rencontre plusieurs responsables ont insisté sur la nécessité de s’impliquer davantage militairement pour contrer les Talibans et Al Qaida. L’un d’eux a confié : « pendant des années nous nous sommes focalisés sur l’Afghanistan alors que les extrémistes, eux, prenaient pour cible prioritaire le Pakistan. » Lors de deux autres rencontres au cours des jours suivants, en présence cette fois de Georges W. Bush, l’envoi de forces spéciales, notamment de la CIA, dans les zones tribales pour contrebalancer l’inertie de l’armée pakistanaise et traquer les dirigeants d’Al Quaeda a été évoqué. Une solution écartée en raison du refus d’Islamabad.
A l’heure actuelle les Etats-Unis n’ont que cinquante soldats stationnés sur le sol pakistanais et assistent impuissant à la dégradation de la situation. L’ISI, le puissant service secret militaire a perdu tout contrôle sur des réseaux entiers de militants islamistes radicaux, proches des talibans ou d’Al Qaida. Un officier de l’ISI responsable de l’un de ces réseaux a confié « nous les avons endoctriné en leur disant qu’ils iraient au Paradis en cas d’attentat. Ils nous ont cru mais désormais, c’est contre nous qu’ils agissent. » Pire, de nombreux cadres de l’ISI sont soupçonnés d’être passés dans le camp des islamistes et de continuer à les protéger et à les renseigner. Pour un responsable du renseignement américain, cette dérive est le résultat du « double jeu » pratiqué par Musharaff et l’ISI. « Ils prétendaient coopérer avec nous pour traquer les membres d’Al Qaida et les talibans, alors qu’en réalité ils les ménageaient et les gardaient en réserve. »
Un autre fait alarme désormais la communauté du renseignement américain : plusieurs attentats soigneusement ciblés ont récemment visé l’ISI et l’armement nucléaire pakistanais. Par exemple, un bus dépourvu de toute immatriculation, assurant le transport d’employés travaillant au quartier général de l’ISI, a été frappé par la bombe d’un kamikaze. Bilan : 25 morts. Quelques semaines plus tard, un autre bus a explosé alors qu’il allait pénétrer au siège de l’ISI, pourtant soigneusement gardé. Six membres d’un réseau d’Al Qaida, tous pakistanais, ont été arrêtés récemment alors qu’ils préparaient des attentats contre des cibles militaires. Leur chef était un ancien major de l’armée qui avait organisé, le 1er novembre 2007, une attaque suicide contre un bus militaire, dans la ville de Sarghoda où sont stockées les armes nucléaires pakistanaises.
En 1976, Bush à peine arrivé à la tête de l’agence vendit plusieurs appareils à un homme d’affaires de Houston, Jim Bath. Toutes les informations concordent pour affirmer que Bath avait été recruté par Bush lui-même pour travailler au sein de la CIA. Cet aveu a notamment été rapporté par son ancien associé, Charles W. White. L’homme, alors âgé de quarante ans, était aussi un ami de George W. Bush qu’il avait rencontré alors que ce dernier effectuait son service militaire dans l’aviation de la garde nationale du Texas, pour échapper au Vietnam… Skyways Aircraft Leasing, la compagnie de charters domiciliée aux îles Caïmans et administrée par Bath, qui racheta les avions de la CIA, était contrôlée par des intérêts saoudiens.
Quelques mois seulement après le rachat des avions de la CIA, Jim Bath devient l’agent aux Etats-Unis de Salem Bin Laden. Ce demi-frère d’Oussama gère l’immense fortune familiale de ses 53 frères et sœurs, ainsi que le puissant groupe de construction implanté à travers tout le Proche et le Moyen-Orient. Le groupe Bin Laden, évalué à 5 milliards de dollars, est si étroitement lié à la famille royale saoudienne qu’il est même associé à des transactions portant sur l’achat d’armement aux Etats-Unis. Ce sera notamment le cas en 1986 où les Américains vendront un système de défense aérien dont la maintenance sera assurée par une société saoudienne, Al Salem, détenue par des membres de la famille royale et les Bin Laden. Boeing, ITT, Westinghouse, qui sont les vendeurs, participeront même à hauteur de 4,5 millions de dollars à la création d’Al Salem. Une commission à peine maquillée.
Salem Bin Laden charge Bath de sélectionner et faciliter d’éventuels investissements sur le sol américain. Une des plus importantes opérations portera sur l’achat de l’aéroport Houston Gulf, dont Salem voulait faire un des principaux aéroports américains. Il est surprenant d’imaginer qu’un important aéroport du Texas, le fief des Bush, était la propriété de la famille du futur chef terroriste. Pour négocier cette transaction, les Bin Laden reçurent l’aide de l’avocat de la famille Bush, le futur secrétaire d’Etat James Baker.
Autres liens : de 1994 à 1997, le groupe Bin Laden coopère étroitement avec la compagnie HC Price, une firme de Dallas spécialisée dans la pose de pipe-lines au Moyen-Orient. Un accord de joint venture est ensuite signé entre les Bin Laden et Price qui changea son nom en Brohters Shaw Inc. Cette compagnie devint une filiale de Halliburton Corporation, leader mondial en matière d’engeenering et d’équipement pétroliers, après son rachat, dans des conditions douteuses, de Dressler Industries.
Halliburton, un groupe texan, a eu pour PDG, jusqu’en janvier 2001, l’actuel vice-président Dick Cheney. Et Dressler Industries, basée au Texas elle aussi, fut la première compagnie à proposer un travail à George Bush, en 1948.
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Depuis maintenant plus de 20 ans, chrétiens sionistes et responsables gouvernementaux travaillent, selon les mots de Mac Ateer, « main dans la main » et ce « born again », comme George Bush, aime à dire : « Les meilleurs amis sur lesquels peut compter Israël sont ceux qui croient que la Bible ne contient pas le mot de Dieu, mais que la Bible est le mot de Dieu. »
Mac Ateer s’est lancé dans ce militantisme en 1976, à une époque où nombre de groupes chrétiens conservateurs affichaient des opinions ouvertement antisémites et des liens avec des organisations racistes d’extrême-droite comme le Ku Klux Klan et la John Birch Society. Plus inquiétant, bon nombre de ces mouvements fondamentalistes adhèrent aux prédictions de John Darby. Ce pasteur anglais du XIXè siècle considère qu’une série d’évènements annonceront les derniers jours de notre monde. Ces signes avant-coureurs sont la guerre, l’apparition d’un nouvel ordre politique et économique mondial et enfin le retour des Juifs sur la Terre sainte promise à Abraham.
Selon les prophéties de Darby, Dieu s’est détourné d’Israël qui rejetait le Messie pour créer, construire et miraculeusement évacuer l’Eglise avant la grande tribulation. Plusieurs phases précèderont cette fin du monde. Durant le « ravissement », « les vrais croyants rejoindront le Christ dans les airs ». La « tribulation »« En d’autres termes, comme l’écrit Matthew Engel dans le Guardian, ces chrétiens soutiennent les Juifs pour pouvoir les abolir. » marquera l’arrivée de l’antéchrist qui prendra le pouvoir à travers le monde ; un épisode marqué par la bataille de l’Armageddon avant le second retour du Christ et l’établissement du royaume de Dieu. Cette fin heureuse dépend de la conversion des Juifs. Et ceci ne pourra avoir lieu que si les Juifs sont en possession de toutes les terres que Dieu leur a données.
Cette interprétation biblique trouve de puissants relais politiques. Tout comme l’ancien ministre de la Justice John Ashcroft, Tom De Lay, ancien élu du Texas qui était jusqu’en 2006 l’homme le plus puissant du Congrès américain, partage ces vues. Durant la seconde Intifada palestinienne, De Lay, qui est pourtant un de ses amis, avait clairement mis en garde Bush et son administration contre toute tentative d’exercer des pressions sur Ariel Sharon pour obtenir le retrait des troupes israéliennes de Cisjordanie. « Nous devons soutenir Israël dans ses efforts pour démanteler la direction palestinienne qui fomente la violence et attise la haine », a-t-il déclaré à l’université de Fulton, dans le Missouri, lieu où Winston Churchill avait prononcé en 1946 son fameux discours sur le « rideau de fer » qui marquait le début de la guerre froide. « Si vous vous focalisez sur le pouvoir que les groupes juifs exerceraient sur la politique américaine, vous vous trompez de bateau, affirme Steven Spiegel, professeur de sciences politiques à l’université de Californie : « La droite chrétienne a eu, elle, une réelle influence en façonnant les vues du Parti républicain à propos d’Israël. »
Cette alliance ambiguë entre Israël et les chrétiens conservateurs se noua en 1977 quand Menahem Begin et le Likoud, parti de la droite israélienne, arrivèrent pour la première fois au pouvoir. Pour Begin, il s’agissait de contrer à tout prix les initiatives du président Jimmy Carter qui souhaitait lancer des négociations pour la reconnaissance du droit des Palestiniens à une patrie. Le Likoud s’efforça de rallier ces fondamentalistes aux ultra-conservateurs chrétiens soutenant l’intransigeance israélienne. Carter se trouva, du même coup, privé d’une base électorale importante.
De pleines pages, achetées dans les principaux journaux américains, déclaraient : « Le temps est venu pour les chrétiens évangéliques d’affirmer leur croyance dans la prophétie biblique et le droit divin d’Israël à sa terre. Nous affirmons, en tant qu’évangéliques, notre croyance dans la terre promise au peuple juif… Nous verrions avec grande inquiétude tout effort pour tailler une autre nation ou entité politique au sein de la patrie juive. » En 1980, le ralliement massif des chrétiens sionistes à Ronald Reagan fut une des raisons de la défaite de Jimmy Carter. En juin 1981, Menahem Begin téléphona à Jerry Falwell, avant même d’appeler le président américain, juste après avoir fait détruire la centrale nucléaire irakienne d’Osirak. Et lorsqu’en 1982 le gouvernement Begin décida d’envahir le Liban, le principal artisan de cette intervention, Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, se rendit aux Etats-Unis pour s’assurer le soutien des chrétiens conservateurs.
Les apparitions d’Ariel Sharon devant les chrétiens sionistes lui valaient des ovations « réservées d’habitude,aux rock stars ». L’ancien Premier ministre israélien tenait d’ailleurs une place à part. Pour certains extrémistes de la doctrine « dispensionnaliste », Sharon est l’homme choisi par Dieu pour accomplir les prophéties de la fin des temps. Ils se réfèrent à son parcours : il connut le pouvoir puis le discrédit pour son rôle supposé dans les massacres de Sabra et Chatila. Et ils se basent sur cette citation biblique : « L’homme juste chuta sept fois et il se releva » (Proverbes 24.16). selon un témoin,
Ce soutien à Israël pour des raisons théologiques est fondé sur une interprétation littérale de la Bible. En soutenant le programme de grand Israël défendu par Begin et le Likoud, qui prévoit l’annexion des territoires occupés depuis 1967, les chrétiens sionistes affirment qu’ils ne font que répondre à l’appel de Dieu tel qu’il est formulé dans l’Ancien Testament. « […] Oh oui, acquiesçait Marion Pollard, une charmante dame de Dallas qui vendait du cristal de Jérusalem peint à la main dans le hall d’expo d’une réunion de chrétiens sionistes. « Dieu est le maître. Il fera ce qui Lui plaît. Mais d’après les écritures, ce sont les lignes directrices. »« Je crois qu’ils [les juifs] doivent accepter le Messie. » Et s’ils ne veulent pas ? « Je crois qu’ils l’accepteront quand ils sauront qui il est. Je crois qu’un jour ils se réveilleront. Il faudra peut-être une troisième guerre mondiale pour faire ça. » Elle se dit fervente supporter d’Israël, comme Lewis Hall de Caroline du Nord.
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Au Canada, le milliardaire Paul Desmarais, fondateur du groupe Power corporation est le véritable parrain du monde des affaires et de la politique. Cet homme de 81 ans, d’une discrétion légendaire, reçoit régulièrement dans son immense propriété de Sagard, Bush Père et l’actuel président américain, et le premier ministre chinois y a séjourné au terme de sa visite officielle au Canada. Un de ses fils, André, siège d’ailleurs, privilège rare, à la direction du CITIC, le plus gros conglomérat chinois dont 42 % sont possédés par le gouvernement de Pékin.
Principal actionnaire privé de Total, accusé d’avoir entretenu des liens étroits avec Saddam Hussein, ce qu’il réfute, Desmarais traite les responsables politiques canadiens comme ses vassaux. La fille de l’ancien premier ministre Jean Chrétien est mariée à l’un de ses fils et le successeur de Chrétien à la tête du gouvernement, Paul Martin, fut un de ses employés.
Omniprésent et silencieux, Paul Desmarais illustre à merveille cet adage d’un industriel français du début du siècle : « Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien ». Depuis 1995, Nicolas Sarkozy est littéralement fasciné par Desmarais. Et en lui remettant, ce 16 février à 18h20 les insignes de grand croix de la légion d’honneur, en présence de Bernard Arnault, Martin Bouygues, et Serge Dassault, Sarko s’est livré à quelques confidences tout à fait intéressantes et instructives : « Si je suis aujourd’hui Président de la République, a-t-il déclaré, je le dois en partie aux conseils, à l’amitié et la fidélité de Paul Desmarais ». Et d’ajouter « 1995 [défaite de Balladur] n’était pas une année faste pour moi. Un homme m’a invité au Québec dans sa famille. Nous marchions de longues heures dans la forêt et il me disait : “Il faut que tu t’accroches, tu vas y arriver, il faut que nous bâtissions une stratégie pour toi”. Une question vient immédiatement à l’esprit, en lisant ces propos. Quelle fut la stratégie élaborée et de quelle manière Desmarais, qui ne reste jamais les bras croisés quand il s’agit d’aider un de ses protégés en politique, est-il intervenu pour aider Sarko dans sa longue marche vers le pouvoir ?
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Les banques ont provoqué la crise la plus grave survenue depuis 1929. Pour la première fois, un livre nous entraîne dans les coulisses de Wall Street et de certaines banques européennes et nous révèle les secrets les plus inavouables d’un scandale financier sans précédent : falsifications des comptes, contournement des lois, systèmes clandestins. Un seul but, l’enrichissement des dirigeants.
Ce livre en démonte les rouages et permet de mieux comprendre pourquoi les banques sont aujourd’hui les seuls bénéficiaires de la crise qu’elles ont provoquée.
Au fil d’une enquête aux révélations étonnantes, on rencontre des dirigeants à la morgue insupportable et à l’incompétence parfois inqualifiable spéculant en inondant le marché de crédits « déchets » remaquillés en produit de qualité. On apprend que l’administration Obama a tout fait pour cacher l’insolvabilité de certains établissements, que des dirigeant d’entreprises au bord de la faillite se sont octroyés des bonus indécents avec l’argent du contribuable, que Paris et Washington ont dissimulé plus de 230 milliards de crédits toxiques détenus par des banques européennes.
De découvertes en découvertes, l’auteur nous fait pénétrer dans un univers qui repose sur le mensonge et l’opacité.
Cette avidité, ce cynisme ont conduit le monde au bord du gouffre.
Et maintenant ?
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