Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Site officiel d'Eric Laurent

Ecrivain et grand reporter, reportages, articles de presse, livres, parutions...


LE POINT : Pétrole : une partie de poker menteur

Publié par Alain Minc - Le Point sur 1 Mai 2006, 22:17pm

Catégories : #On en parle...

Le Point - semaine du 27 avril au 3 mai 2006

  Pétrole : une partie de poker menteur.

Alain Minc

Eric Laurent a toujours été fasciné par les « trous noirs » de la géopolitique. Avec son livre, il détruit une légende : en 1973, il n'y avait pas de pénurie mais une psychose. Il met en scène une formidable manipulation : l'utilisation du pétrole saoudien pour mettre à genoux l'URSS. Il pénètre au coeur des tiraillements de l'administration américaine, avec George Bush Senior, premier ambassadeur du lobby pétrolier, allant à rebours de Reagan pour enclencher la hausse qu'attendaient ses amis texans. Il met à jour le truquage des données, mené par les Etats producteurs et les compagnies pour renforcer leur main. C'est une gigantesque partie de poker menteur que narre Laurent, avec ses tricheurs, ses joueurs médiocres, ses artistes. Sans doute exagère-t-il en cherchant la rationalité derrière chaque décision. Le pétrole, comme la diplomatie, fait aussi sa part au hasard, à la maladresse, aux circonstances, mais, plus que n'importe quel autre terrain d'affrontement international, il suscite leurres et arrière-pensées.

Mais Laurent connaît trop les règles de l'essai : l'unité de temps et de lieu, à l'instar de la tragédie, pour oublier de mettre en scène le spectacle. Avec une plongée dans le passé, depuis le premier forage en 1859 jusqu'aux tiraillements entre Alliés à la fin du conflit de 14-18. Avec un hallucinant voyage à côté d'un Albert Speer mêlant dans un fantasme paranoïaque le gouvernement Roosevelt, la quête inassouvie du pétrole et naturellement le lobby juif. Avec le portrait des francs-tireurs du système, comme Kadhafi. Avec l'apparition de puissants passagers clandestins méconnus, tel cet Andrew Marshall qui traverse l'administration américaine des années 50 à aujourd'hui.

Le drame est le meilleur ressort romanesque ; il n'est pas le seul fil conducteur de l'Histoire. Laurent sous-estime les réserves pétrolières comme les « majors » les surestimaient ; il ne fait pas confiance au marché pour tempérer la consommation ; il omet la résurrection du nucléaire. Il ne tire pas la leçon de l'envolée actuelle du prix du baril sans effet sur la croissance et l'inflation, ce qui démontre les prémices d'un monde postpétrolier. Mais si ce chapitre-là, trop optimiste, fait défaut, son ouvrage demeure un parfait hybride entre un manuel universitaire et une saga passionnée.

 

 

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents