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Réserves pétrolières, le grand secret.
Selon la société de consultants énergétiques Wood Mackenzie, réputée pour les renseignements confidentiels qu'elle détient, en 2003, les dix premiers groupes pétroliers ont engagé 8 milliards de dollars de recherche pour des découvertes, dont le montant commercial s'est révélé inférieur à 4 milliards de dollars ! Ce résultat survient après une période 2001-2003 marquée par un déclin saisissant des réserves prouvées. Désormais, les gisements potentiels peuvent être localisés avec une grande précision, mais, comme me l'a confié le responsable d'une grande compagnie rencontré en mer Caspienne, à Bakou : "La prospection ressemble à la chasse. Nous disposons de fusils plus perfectionnés, mais à quoi bon, s'il n'y a plus de gibier."
Le coût des recherches devient beaucoup trop élevé, face à l'insuffisance de résultat obtenue. En 2004, Herold, un autre groupe de recherche spécialisé dans l'énergie à Wall Street, a comparé les réserves déclarées par les grandes compagnies, leurs découvertes annoncées et leur niveau de production.
Conclusion : Toute leur production baissera d'ici 4 ans.
La flambée actuelle des cours et les profits affichés par ces firmes masquent la réalité : l'industrie pétrolière devient un univers aussi sinistré que l'industrie automobile ou celle de l'acier, qui ont perdu, de 1986 à 1992, un million d'emplois. Désormais, pour six barils consommés chaque jour, un seul baril est découvert , et nous sommes confrontés à une situation historique sans précédent : le déclin des réserves et de la production coïncide avec une explosion de la consommation. Dans les prochaines années, la Chine, déjà deuxième consommateur mondial importera 60% de son pétrole.
Au cours de ma dernière enquête, j'ai fait une découverte effarante : les chiffres concernant l'ampleur réelle des ressources pétrolières mondiales sont faux, qu'ils émanent de pays producteurs ou de compagnies pétrolières. En 1986, par un simple jeu d'écriture, un artifice comptable, les réserves totales des pays de l'Opep ont connu une croissance vertigineuse de plus de 65%, passant de 467 milliards de barils en 1982 à 771,9 milliards en 1991. Sans qu'aucune découverte d'importance ne justifie cette hausse. Shell a été condamné par la SEC (le gendarme américain de la Bourse) pour avoir surévalué artificiellement de 23% le montant de ses réserves. L'univers énergétique ressemble désormais à la définition que donnait Churchill de la vérité. " Trop importante et trop grave pour ne pas être protégée par des mensonges."
La production pétrolière des Etats-Unis décline rapidement depuis les années 70, comme aujourd'hui celles de la mer du Nord, du Gabon, de l'Indonésie et même de la Russie. Selon un décret promulgué par Vladimir Poutine, les réserves pétrolières relèvent désormais du secret d'Etat, et la majorité des experts estime qu'il faut diviser par deux les chiffres publiés par Moscou. Malgré les affirmations optimistes des officiers saoudiens, le royaume, considéré comme le premier producteur mondial avec, théoriquement, 23 à 25% des ressources mondiales de la planète, connaît désormais des difficultés croissantes. Pas une seule découverte depuis 1967 et sept gisements géants qui assurent à eux seuls 90% de la production du pays. Ghawar, le plus important, exploité depuis 1948, manifeste des signes sensibles de tarissement. Il faut désormais injecté sept millions de barils/jour d'eau de mer pour maintenir la pression et assurer la sortie du pétrole.
Face à ces réalités et à l'urgence des choix, les gouvernements des pays consommateurs sont terriblement mal informés et mal préparés. Sauf peut-être les Etats-Unis, où l'administration Bush a fait un choix discutable mais cohérent avec la doctrine selon laquelle "le mode de vie américain n'est pas négociable". En 1999, le vice-président Dick Cheney, à la tête du géant pétrolier Halliburton, s'inquiétait : "En 2010, nous aurons besoin de 50 millions de barils supplémentaires chaque jour. D'où proviendra ce pétrole ?" En janvier 2001, une semaine seulement après l'investiture du nouveau président, Cheney crée et préside une commission sur l'énergie dont les objectifs, les participants et les séances de travail sont entourés d'un mystère absolu. Au point qu'une journaliste réputée du Washington Post, Dana Milbank, la qualifie de "société secrète".
Le 17 juillet 2003, au terme d'un long affrontement juridique, la cour d'appel fédérale a ordonné de rendre public un certain nombre de documents de travail utilisés par la commission Cheney. Le plus saisissant est une carte de l'Irak, datée de mars 2001 où la commission Cheney a nettement découpé, en huit blocs d'exploitation, une vaste zone qui représente à peu près un tiers du pays, situé à proximité de la frontière avec l'Arabie saoudite. L'Irak est considéré comme le deuxième pays détenteur de ressources pétrolières de la planète. Bagdad constitue peut-être, pour des responsables américains, une alternative au déclin énergétique de Riyad.
Nous sommes probablement entrés dans une logique de "guerre des resssources". Henri Kissinger écrivait en juin 2005 : " La demande et la compétition pour l'accès à l'énergie pourrait devenir source de vie et de mort pour beaucoup de sociétés."
Article publié dans Le Journal du Dimanche du 2 avril 2006.
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A Paraître chez PLON le 24 Février 2011
N°ISBN 9782259212564
Prix : 21€
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