02 mars 2013 sur BFM
Interview d'Eric Laurent pour la présentation de sa fiction politique
"La Conspiration Wao Yen" :
Son livre Le Scandale des délocalisations est sorti il y a plus d'un an, mais il continue à faire parler de lui. Dimanche soir, c'est dans une salle pleine à craquer que le journaliste Eric Laurent répondait aux questions des participants du Festival du vent, à Calvi.
Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, multiplie les déclarations contre les délocalisations. Peut-il mettre un frein à la désindustrialisation de la France?
La stratégie de ligne Maginot de Montebourg ne fonctionnera pas. Pas plus que son idée de rayon "Made in France". Aux Etats-Unis, un journaliste a tenté une expérience : n'acheter que des produits Made In USA (ici, l'expérience quasi-similaire d'une mère américaine). Ce qu'il a découvert, c'est un parcours d'obstacles insurmontables. Au bout de trois mois, il a jeté l'éponge. Il faut être honnête. Avec la mondialisation, il n'y a plus de produit dont tous les composants viennent d'un même pays. Sur ce sujet, Montebourg fait de la démagogie.
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Une rencontre animée par Claude-Marie Vadrot. Dimanche 28 octobre 2012,
à 17h30, Chez Tao (Calvi, Festival du vent).
A l’époque, Arnaud Montebourg ne posait pas en marinière pour vanter le "Fabriqué en France". A l’époque, en revanche, le péril s’appelait déjà Chine, voire Inde. L’époque, c’est début 2011, date à laquelle Eric Laurent sortait son enquête choc Le Scandale des délocalisations (Editions Plon).
L’ancien grand reporter de Radio France s’est fait une spécialité des enquêtes fleuves, avec une prédilection pour le côté sombre de l’actu (La face cachée des banques, La face cachée du pétrole). Dans Le Scandale des délocalisations, il s’attaque à un sujet placé sous les spots des médias et des politiques mais dont les rouages semblent méconnus.
"Chaque année, entre 400 et 500 000 emplois américains partent vers des pays à bas coûts, écrit Eric Laurent. La France n’est pas davantage épargnée. Entre 1997 et 2002, les principaux groupes cotés au CAC ont fait passer la part des emplois, sur le territoire national, de 50 % à 32 % de leurs effectifs totaux. Une tendance qui s’est encore accélérée au cours des années suivantes."
Derrière cet exode, se cachent deux sirènes, l’Inde et la Chine, dont le chant aguicheur a fait céder les chefs d’entreprise occidentaux. Contre la promesse d’une main-d’œuvre bon marché, ces deux géants ont obtenu le transfert du savoir faire américain et européen. "Je suis convaincu, assure l’auteur, que les délocalisations, et c’est ce qui rend ce phénomène particulièrement dangereux, ne sont pas le résultat des forces du marché. En réalité, les entreprises occidentales sont manipulées par les gouvernements des pays émergents."
Si les passages du livre sur la menace asiatique tiennent parfois plus de l’excellente note de veille que de l’enquête, les trouvailles
d’Eric Laurent sur l’utilisation du Fond stratégique d'investissement
créé en 2008 viennent, elles, éclairer d’un jour nouveau les errements des décideurs de l’époque face aux délocalisations. Le FSI "semblait offrir toutes les garanties d’impartialité.
Une illusion vite dissipée par l’incroyable cynisme affiché par ses dirigeants", résume l’auteur qui appuie son discours sur le sort de l'usine de Trèves.
L’année et demie qui s’est écoulée depuis la parution du "Scandale des délocalisations" a connu son lot de fermetures d’usine française et de délocalisations plus ou moins déguisées, sans que rien ne semble pouvoir endiguer le flot. "Les délocalisations sont un phénomène soustrait aux regards et à l’indignation de l’opinion, un événement majeur totalement escamoté", estime l’auteur. S’il ne devait rester qu’une bonne raison pour lire ce livre, ce serait certainement celle-ci.
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Les réserves mondiales de pétrole et de gaz connaîtront dans les prochaines années une baisse marquée et constante.
Pour répondre aux besoins mondiaux, la production quotidienne actuelle d'environ 90 millions de barils/jour devra connaître une augmentation de 40 millions de barils/jour, soit l'équivalent de ce que fourniraient quatre "nouvelles Arabie saoudite". C'est évidemment inenvisageable.
L'accélération des recherches et des investissements technologiques conduit inexorablement à une hausse constante et progressivement de plus en plus forte des prix du pétrole...
Invité : Nicolas Sarkis directeur du Centre arabe d’études pétrolières.
Pour écouter l'émission "Les Enjeux internationaux" :
Mercredi 7 mars 2012 - Article de Régis Soubrouillard, Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales
(Mohammed VI - NIVIERE/SIPA)
Mis en cause lors des manifestations à travers ses collaborateurs les plus proches, M6 a senti le vent de l’opinion tourner. Et c’est
pour mieux asseoir son règne qu’il a su concéder certaines réformes, très relatives. Le « makhzen » qui désigne l’appareil d’état a été réformé mais il est toujours en place et demeure une
« une mine à ciel ouvert, un monde où le sens de l'intérêt général et l'intérêt national n'existe pas ».
Le souverain perçoit un salaire royal mensuel de 40.000 dollars, auquel s’ajoute 2,5 millions d’euros par an pour la famille proche,
et 31 millions d’euros de subventions répartis selon son bon vouloir : « une somme dont l’usage échappe naturellement à tout contrôle, mais on sait qu’au temps d’Hassan II, elle
servait de caisse noire pour s’assurer les faveurs de certaines personnalités politiques, marocaines ou étrangères et récompenser pour sa fidélité l’étrange tribu française des « amis du
Maroc », composée de journalistes, d’académiciens d’avocats et d’anciens responsables des services de renseignements…». Ces hôtes le lui rendent bien. Hassan II qui voulait intervenir
à la télé française se fera inviter –à sa demande- à l’émission « 7 sur 7 » sur un simple coup fil à Bouygues…
Passons sur ses innombrables voitures de luxe, ses jets, ses tableaux, son festival royal subventionné par le royaume, ses
« frais » vestimentaires qui s’élèvent à 2 millions d’euros par an, les immenses palais rénovés ou édifiés par son père pour des centaines de millions de dollars où il ne passait
parfois que quelques heures.
A l’absolutisme politique teinté de terreur d’Hassan II a ainsi succédé, avec Mohammed VI, un système de confiscation organisé et
légalisé. Où plutôt même au dessus des lois. Tout ce qu’il dépense dispendieusement ou « donne » au peuple lors de ses déplacements sort des poches de l’Etat et tout ce que dépense Sa
Majesté est payé par le peuple à travers l’impôt. L’Etat subventionne même les entreprises du roi. Chaque jour le peuple enrichit Sa Majesté. Un système gagnant-gagnant à sens
unique.
Autre exemple avec le « TGV marocain», marché remporté par la France, en compensation du fiasco sur le Rafale, considéré
comme un caprice royal que l’Agence Française pour le Développement a financé à 50%. Ainsi, le TGV marocain aura coûté 1 milliard aux contribuables français !
Jeudi 1er mars 2012
Interview d'Eric Laurent.
Propos recueillis par Dominique Lagarde.
S'il est vrai que le roi Mohammed VI est aujourd'hui le premier investisseur de son pays, et qu'il contrôle à travers ses sociétés holding plusieurs secteurs clé de l'économie marocaine, peut-on pour autant, comme vous le faites, parler de "hold up"?
Avant de vous répondre, je voudrais préciser qu'à l'origine notre propos n'était pas du tout d'écrire un livre sur la fortune du roi. Nous voulions faire une sorte d'état des lieux de la monarchie marocaine à l'heure des printemps arabes, essayer de comprendre comment elle s'adaptait, quelle était sa marge de manoeuvre, dans quelle mesure elle parvenait à conserver sa légitimité. C'est au fil de notre enquête, à travers les témoignages recueillis, que nous nous sommes rendus compte que le roi était à la tête d'une énorme fortune et surtout que celle-ci avait considérablement augmenté en l'espace de quelques années, alors même que les ressources et les revenus du pays sont assez faibles. Cela nous a surpris. En creusant, nous nous sommes aperçus que les pratiques impulsées par le roi et son entourage relevaient véritablement d'une forme de détournement: sujets devenus les clients de sociétés royales en situation de quasi-monopole, captation, au profit de ces sociétés, d'une partie importante des subventions de l'Etat et des fonds de la coopération, française ou européenne. On est vraiment dans la prédation.
Les défenseurs de ces sociétés royales disent qu'elles jouent le rôle de locomotive en investissant là où d'autres n'iraient pas...
Non. L'argument de la locomotive était déjà utilisé du temps d'Hassan II, mais il ne tient pas davantage aujourd'hui qu'à l'époque. Le but de ces sociétés a toujours été d'augmenter la fortune royale.
Ce goût des affaires que vous décrivez chez Mohammed VI existait donc aussi chez Hassan II que vous avez bien connu?
Hassan II avait le goût de l'argent et du luxe. Mais pas exclusivement. Sa priorité était de construire une monarchie stable et durable et d'asseoir sa légitimité, ce qui à l'époque n'allait pas de soi. Mohammed VI, lui, n'a aucun intérêt pour la chose publique et pas la moindre fibre politique.
Seules comptent les affaires.
Est-on aujourd'hui au Maroc dans une situation où les investisseurs se détournent à cause de la place prise par les holdings royaux?
Un investisseur étranger ne peut pas faire d'affaires au Maroc s'il n'est pas en relation avec Mansour Majidi, l'homme chargé de gérer la fortune du roi, Fouad Al Himma, son conseiller politique, ou le souverain lui-même. Ce sont les trois hommes incontournables sans lesquels rien n'est possible. A l'étranger, c'est quelque chose dont on est très conscient, comme l'ont d'ailleurs révélé les télégrammes américains publiés dans le cadre de WikiLeaks. Du côté des entrepreneurs marocains on note une certaine frilosité, un découragement certainement lié au nombre de plus en plus grand de secteurs confisqués.
Au printemps dernier les manifestants du mouvement du 20 février réclamaient, entre autres, le départ de Mounir Majidi. Qui est-il vraiment?
C'est l'homme des affaires. Il a voué sa vie au monarque. Son appétit est inextinguible. Le roi dit de lui qu'il "sait faire de l'argent". Mais cela n'est pas très difficile quand on a le sésame de la puissance royale et tous les passe-droits! Le Maroc d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec une économie réelle, ouverte, compétitive.
L'affairisme et cette prédation que vous décrivez sont-ils aujourd'hui le vrai talon d'Achille de la monarchie?
Sans aucun doute. Dans le contexte social qui est celui du Maroc, cet enrichissement sans limite du souverain ne peut pas ne pas être ressenti comme une provocation et alimenter les extrémismes. C'est allé trop loin. Cela pose aussi une autre question: comment fait-on pour gouverner avec un groupe de conseillers qui ne sont qu'une bande de copains? Depuis vingt-cinq ans le roi se retranche derrière le même groupe, qui lui sert en permanence de filtre. Ce groupe le protège sans doute, lui qui n'aime pas être exposé au regard des autres. Mais il le maintient aussi dans une certaine immaturité, ce qui est très dommageable.
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